Démembrement de propriété : usufruit et nue-propriété
Le démembrement immobilier, aussi appelé achat scindé, est une technique patrimoniale de plus en plus utilisée en Belgique. Elle permet de séparer les droits de jouissance (usufruit) des droits de propriété (nue-propriété) d’un bien, dans un objectif de planification successorale ou d’investissement familial.
Avantages fiscaux, conditions à respecter, partage des responsabilités entre les parties et mise en place, GestiPlus vous guide pour tout comprendre et sécuriser votre démembrement de propriété.

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En quoi consiste le démembrement de propriété ?
Le principe est simple : au lieu qu'une seule personne acquière la pleine propriété d’un bien, deux personnes achètent chacune une partie distincte :
L’usufruitier obtient le droit d’habiter le bien, de le louer, d’en percevoir les revenus.👉 Le nu-propriétaire devient titulaire du bien, mais sans pouvoir en jouir immédiatement.
📌 À noter ! Le démembrement ne concerne pas uniquement les relations parents-enfants. Il peut aussi être envisagé entre grands-parents et petits-enfants, ou entre oncles/tantes et neveux/nièces.
Au décès de l’usufruitier, le nu-propriétaire récupère automatiquement la pleine propriété du bien, sans devoir verser de droits de succession supplémentaires, à condition que certaines conditions soient respectées.
Donation immobilière et démembrement de propriété : quelles différences ?
La donation immobilière permet de transférer un bien à une autre personne, sans paiement en retour, de son vivant. Selon les besoins, il est alors possible d’opter pour une donation avec réserve d’usufruit (le donateur conserve le droit d’habiter ou de louer le bien) ou une donation de la nue-propriété (le bénéficiaire devient nu-propriétaire, et obtiendra la pleine propriété au décès du donateur).
Sur le plan fiscal, bien que la donation immobilière permette généralement de payer moins que des droits de succession classiques, elle reste soumise à une taxation qui varie selon la région de résidence du donateur. Tandis que dans le cadre d’un achat scindé, il est possible d’éviter entièrement les droits de succession au décès de l’usufruitier, à condition que toutes les conditions fiscales soient strictement respectées.
Pourquoi opter pour un achat scindé ?
L’achat scindé, ou démembrement de propriété, est bien plus qu’un simple montage juridique : il permet d’anticiper efficacement la transmission d’un bien tout en conservant certains droits d’usage. Voici les principaux avantages de cette stratégie patrimoniale :
Optimisation fiscale lors de la transmission d’un patrimoine immobilier
En séparant usufruit et nue-propriété, les héritiers peuvent éviter de payer des droits de succession sur la valeur totale du bien, à condition que l’opération soit correctement encadrée. Cette optimisation repose sur une évaluation précise des parts et sur une bonne documentation du financement.
Préservation de l’usufruit pour les parents
Ce montage permet aux parents de continuer à occuper ou louer le bien (résidence secondaire, immeuble de rapport, etc.) tout au long de leur vie. Ils conservent les revenus ou l’usage du bien sans en être pleinement propriétaires, ce qui leur assure une stabilité sans compromettre la transmission.
Anticipation successorale sans paiement de droits de succession
Si le démembrement de propriété est structuré dans le bon respect des règles (séparation claire des fonds, preuves de paiement, acte notarié...), les enfants deviendront pleins propriétaires au décès de l’usufruitier. Et ce, sans devoir acquitter de droits supplémentaires, contrairement à une transmission classique.
Quelles sont les conditions pour bénéficier de l’avantage fiscal lié au démembrement ?
Pour que le démembrement de propriété soit reconnu comme une opération valable et non comme une donation déguisée, deux conditions doivent impérativement être respectées :
- Répartition correcte du prix d’achat de l’usufruit et de celui de la nue-propriété : le prix total du bien doit être objectivement réparti entre les deux parties, selon des barèmes fiscaux établis. Cette répartition repose sur des règles fiscales précises (voir plus bas).
- Financement réel par le nu-propriétaire : la personne qui acquiert la nue-propriété (souvent un enfant) doit prouver qu’elle a financé sa part avec ses propres ressources ou au moyen d’une donation antérieure formalisée. Si cette preuve n’est pas apportée, l’administration fiscale peut considérer qu’il s’agit d’une libéralité déguisée soumise aux droits de succession.
⚠️ Attention ! Si l’achat scindé est mal encadré ou si le financement de la nue-propriété par les enfants n’est pas prouvé, l’administration fiscale peut considérer qu’il y a eu donation déguisée. Dans ce cas, des droits de succession seront dus sur la pleine propriété du bien. Il est donc crucial de structurer cette opération avec rigueur et transparence.
Comment sont calculées les valeurs de l’usufruit et de la nue-propriété ?
Comme mentionné ci-dessus, la valeur de l’usufruit dépend principalement de l’âge de l’usufruitier au moment de l’acquisition du bien. Plus l’usufruitier est âgé, plus son espérance de vie est courte, et donc plus faible sera la valeur de son usufruit. Cette évaluation se base sur des coefficients officiels définis dans le Code des droits de succession.
La valeur de la nue-propriété, quant à elle, correspond à la différence entre la valeur en pleine propriété du bien et la valeur de l’usufruit.
Bon à savoir ! Ces coefficients sont utilisés par l’administration fiscale dans toutes les Régions du pays pour encadrer les montages patrimoniaux.
| TABLEAU DES COEFFICIENTS SELON L’ÂGE DE L’USUFRUITIER | |
|---|---|
| Âge de l’usufruitier | Coefficient |
| 20 ans ou moins | 18 |
| 21 à 30 ans | 17 |
| 31 à 40 ans | 16 |
| 41 à 50 ans | 14 |
| 51 à 55 ans | 13 |
| 56 à 60 ans | 11 |
| 61 à 65 ans | 9,5 |
| 66 à 70 ans | 8 |
| 71 à 75 ans | 6 |
| 76 à 80 ans | 4 |
| Plus de 80 ans | 2 |
Exemple concret de calcul des valeurs de l’usufruit et de la nue-propriété
Claire et Marc sont mariés sous le régime légal. Ils achètent ensemble une maison d'une valeur de 500 000 euros. Après le décès de Marc, Claire, âgée de 60 ans, conserve la moitié de la maison en pleine propriété. Elle reçoit également l’usufruit sur la moitié appartenant à Marc, tandis que leurs deux enfants, Lucas et Emma, héritent de la nue-propriété de cette part.
La valeur de la moitié de la maison transmise est donc de 250 000 euros. Le rendement annuel forfaitaire appliqué par le fisc est de 4 %, soit 10 000 euros (4 % de 250 000 €). Le coefficient applicable à Claire, en tant qu’usufruitière de 60 ans, est de 11.
👉 Valeur de l’usufruit : 10 000 € x 11 = 110 000 €👉 Valeur de la nue-propriété : 250 000 € - 110 000 € = 140 000 € (soit 70 000 € par enfant)
Claire sera donc imposée sur 110 000 € au titre de l’usufruit reçu, tandis que Lucas et Emma seront chacun imposés sur 70 000 € pour la nue-propriété reçue.
Comment sont partagées les responsabilités entre un usufruitier et un nu-propriétaire ?
Lorsque la propriété d’un bien est scindée entre un usufruitier et un nu-propriétaire, il est essentiel de bien comprendre qui prend en charge quoi. La loi prévoit une répartition précise des frais, des droits et des obligations de chacun. Voici les principales règles applicables :
Entretien courant
L’usufruitier est responsable de l’entretien courant du bien. Cela comprend notamment les travaux de peinture, les petites réparations, l’entretien du jardin ou encore les remplacements liés à l’usage normal. L’objectif est de préserver la valeur du bien pendant toute la durée de l’usufruit.
Gros travaux
Le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations structurelles comme le remplacement de la toiture, les travaux importants sur l’installation électrique ou les châssis. Il s’agit d’interventions qui dépassent l’entretien ordinaire. Toutefois, si ces réparations sont nécessaires en raison d’un manque d’entretien de la part de l’usufruitier, ce dernier peut être tenu de rembourser tout ou partie des frais.
Usufruitier et nu-propriétaire peuvent aussi convenir d’une autre répartition des frais d'un commun accord.
⚠️ Attention ! Si l’usufruitier paie volontairement certaines charges qui incombent normalement au nu-propriétaire (ex. des travaux lourds), l’administration fiscale peut considérer qu’il s’agit d’une donation. Si l’usufruitier décède dans les 3 ans (en Flandre et à Bruxelles) ou 5 ans (en Wallonie), ces montants pourraient alors être soumis à des droits de succession.
Précompte immobilier et assurance incendie
L’usufruitier doit assumer le paiement du précompte immobilier, ainsi que les primes d’assurance incendie. Il est également tenu d'assurer le bien et de fournir la preuve du paiement au nu-propriétaire sur simple demande. Cela s’explique par le fait que c’est lui qui occupe ou exploite le bien et en tire les revenus.
Location du bien
En principe, l’usufruitier peut mettre le bien en location sans l’accord du nu-propriétaire, tant que le bail ne dépasse pas 9 ans. Cependant, cela peut poser problème au nu-propriétaire, notamment si le locataire est difficile à gérer ou si le bail empêche une revente. Il est donc souvent recommandé d’insérer une clause de concertation entre les parties dans l’acte notarié.
Vente de l’usufruit ou de la nue-propriété
Chacune des parties peut, en théorie, vendre sa part séparément. L’usufruitier peut vendre son droit d’usufruit, et le nu-propriétaire, la nue-propriété. Toutefois, cela complique fortement la gestion du bien, notamment pour les acquéreurs potentiels. Des clauses d’inaliénabilité peuvent être insérées pour éviter ce genre de situation.
Révocation de l’usufruit
Si l’usufruitier délaisse le bien ou le détériore intentionnellement, le nu-propriétaire peut saisir la justice pour demander la révocation de l’usufruit. Cela reste une mesure exceptionnelle qui doit être encadrée par un juge et justifiée par un comportement abusif ou un manque manifeste d’entretien.
L’usufruitier est responsable de l’entretien courant du bien. Cela comprend notamment les travaux de peinture, les petites réparations, l’entretien du jardin ou encore les remplacements liés à l’usage normal. L’objectif est de préserver la valeur du bien pendant toute la durée de l’usufruit.
Le nu-propriétaire prend en charge les grosses réparations structurelles comme le remplacement de la toiture, les travaux importants sur l’installation électrique ou les châssis. Il s’agit d’interventions qui dépassent l’entretien ordinaire. Toutefois, si ces réparations sont nécessaires en raison d’un manque d’entretien de la part de l’usufruitier, ce dernier peut être tenu de rembourser tout ou partie des frais.
Usufruitier et nu-propriétaire peuvent aussi convenir d’une autre répartition des frais d'un commun accord.
⚠️ Attention ! Si l’usufruitier paie volontairement certaines charges qui incombent normalement au nu-propriétaire (ex. des travaux lourds), l’administration fiscale peut considérer qu’il s’agit d’une donation. Si l’usufruitier décède dans les 3 ans (en Flandre et à Bruxelles) ou 5 ans (en Wallonie), ces montants pourraient alors être soumis à des droits de succession.
L’usufruitier doit assumer le paiement du précompte immobilier, ainsi que les primes d’assurance incendie. Il est également tenu d'assurer le bien et de fournir la preuve du paiement au nu-propriétaire sur simple demande. Cela s’explique par le fait que c’est lui qui occupe ou exploite le bien et en tire les revenus.
En principe, l’usufruitier peut mettre le bien en location sans l’accord du nu-propriétaire, tant que le bail ne dépasse pas 9 ans. Cependant, cela peut poser problème au nu-propriétaire, notamment si le locataire est difficile à gérer ou si le bail empêche une revente. Il est donc souvent recommandé d’insérer une clause de concertation entre les parties dans l’acte notarié.
Chacune des parties peut, en théorie, vendre sa part séparément. L’usufruitier peut vendre son droit d’usufruit, et le nu-propriétaire, la nue-propriété. Toutefois, cela complique fortement la gestion du bien, notamment pour les acquéreurs potentiels. Des clauses d’inaliénabilité peuvent être insérées pour éviter ce genre de situation.
Si l’usufruitier délaisse le bien ou le détériore intentionnellement, le nu-propriétaire peut saisir la justice pour demander la révocation de l’usufruit. Cela reste une mesure exceptionnelle qui doit être encadrée par un juge et justifiée par un comportement abusif ou un manque manifeste d’entretien.
Comment mettre en place un démembrement de propriété ?
- Identifier les parties concernées : il faut déterminer qui sera l’usufruitier (souvent un parent) et qui deviendra nu-propriétaire (par exemple un enfant ou un héritier).
- Choisir le type de démembrement : le démembrement peut être viager (jusqu’au décès de l’usufruitier) ou fixé pour une durée déterminée. Le choix dépend du but recherché : transmission, protection, gestion du bien...
- Évaluer les droits respectifs : la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété doit être définie. Elle est généralement calculée selon des barèmes fiscaux basés sur l’âge de l’usufruitier, mais une autre répartition peut être convenue entre les parties, si elle est justifiée.
- Passer devant notaire : un acte notarié est indispensable pour officialiser le démembrement. Il garantit la sécurité juridique de l’opération et permet son opposabilité aux tiers.
- Procéder à l’enregistrement : l’acte authentique doit être enregistré auprès de l’administration fiscale. Cette formalité est obligatoire et permet à l’opération d’être reconnue d’un point de vue légal et fiscal.
La mise en place d’un démembrement de propriété nécessite obligatoirement l’intervention d’un notaire. C’est lui qui rédigera l’acte authentique, vérifiera la conformité de l’opération avec la législation fiscale en vigueur et veillera à ce que toutes les conditions soient respectées (preuve de financement, répartition des parts, clauses spécifiques...).
Questions fréquentes sur le démembrement de propriété en Belgique
Quelle est la différence entre usufruit et nue-propriété ?
L’usufruit donne le droit d’occuper ou de louer un bien, tandis que la nue-propriété donne la titularité juridique du bien sans droit d’usage immédiat.
Peut-on vendre sa nue-propriété ?
Oui, mais cela peut poser des difficultés si l’usufruitier s’oppose à certaines décisions. L’idéal est de prévoir des clauses de coordination entre les parties.
Quels sont les risques fiscaux en cas de démembrement mal structuré ?
Le fisc peut considérer qu’il y a eu donation déguisée, et réclamer des droits de succession sur la pleine propriété du bien au décès de l’usufruitier.
>Doit-on enregistrer l’acte de démembrement chez un notaire ?
Oui, l’acte d’achat scindé doit être passé devant notaire pour être opposable et valide juridiquement.
Le nu-propriétaire peut-il habiter le bien ?
Non, il ne peut pas occuper le bien tant que l’usufruitier est en vie, sauf si une convention entre parties le permet exceptionnellement.
L’usufruit donne le droit d’occuper ou de louer un bien, tandis que la nue-propriété donne la titularité juridique du bien sans droit d’usage immédiat.
Oui, mais cela peut poser des difficultés si l’usufruitier s’oppose à certaines décisions. L’idéal est de prévoir des clauses de coordination entre les parties.
Le fisc peut considérer qu’il y a eu donation déguisée, et réclamer des droits de succession sur la pleine propriété du bien au décès de l’usufruitier.
Oui, l’acte d’achat scindé doit être passé devant notaire pour être opposable et valide juridiquement.
Non, il ne peut pas occuper le bien tant que l’usufruitier est en vie, sauf si une convention entre parties le permet exceptionnellement.
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mis à jour le 2025-08-05
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